décembre 13

Rengainer son arme

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Rengainer son arme

Le rengainé : faut-il regarder son étui ?

Au sein de la communauté du tir de combat bon nombre d’instructeurs et d’opérateurs s’accordent à dire que le rengainé ne doit JAMAIS être effectué en regardant son étui. Pour eux cet acte doit être effectué de façon tactile en conservant un regard affuté sur son environnement.

Bien que ce point de vue puisse paraître très cohérent, l’expérience démontre qu’il n’est pas toujours adapté. La réalité est en effet infiniment plus subtile, et enseigner cette manière de rengainer de façon presque dogmatique peut parfois présenter plus d’inconvénients que d’avantages.

rengainer son arme

A quoi sert le rengainé ?

Au risque d’enfoncer une porte ouverte, nous dirons que le rengainé sert à libérer vos mains de votre arme de poing, et ce dans deux cas de figure :

  • Lorsqu’il ne subsiste pas/plus de menace immédiate.
  • Lorsqu’au cours d’une situation tactique où vous allez avoir impérativement besoin de vos deux mains pour effectuer une autre tâche (ex : grimper une échelle, effectuer un menottage, etc…)

Lorsque la situation est sous contrôle…

Vous venez de faire usage de votre arme. Votre adversaire est au sol et neutralisé. Vous avez pris en compte votre environnement à « 720° » et effectué toutes les vérifications qui s’imposent au cours de la séquence post engagement. Vous avez communiqué avec vos coéquipiers et peut être même avec votre hiérarchie. Des renforts et une ambulance ne vont pas tarder à arriver sur les lieux, la situation semble donc sous contrôle. Vous allez devoir/pouvoir remettre votre arme à l’étui (ce qui va clore ce cycle du combat).

Dans un tel cas de figure, pour quelle raison ne pas regarder votre étui lors du rengainé ?

Certains diront : « on ne sait jamais…si la situation bascule à nouveau et que d’autres adversaires surgissent. Ou encore si l’hostile au sol n’est pas vraiment hors de combat…etc».

Même si cette vision semble de prime abord frappée au coin de la prudence et du bon sens, il nous semble que s’il subsiste le moindre doute…il est plus logique que votre arme reste dans vos mains ! « Ne rengainez que si vous êtes certain que la situation est sous contrôle…s’il subsiste un doute, ne rengainez pas. Peu importe le temps que ça prendra ! »

Essayons de nous projeter dans le contexte : vous venez de tirer sur un être humain, situation bien différente des séances d’entraînement dont vous avez l’habitude. Dans ce cas précis votre adversaire n’est plus un rectangle en carton immobile qui ne saigne pas, qui ne crie pas et qui ne présente concrètement aucune menace réelle.

Si vous avez tiré, c’est que votre vie ou celle d’autrui était en danger. Par conséquent, à cet instant précis vous devez être dans un état de stress intense. Vous devez faire face à des réactions psychophysiologiques complexes à reproduire à l’entraînement : l’adrénaline pulse encore dans vos veines, les idées se bousculent dans votre esprit de manière confuse, vos gestes sont imprécis et maladroits, vos mains tremblent...

Ajoutons un paramètre : votre étui est peut-être dissimulé sous votre veste (car vous travaillez en civil, en port dissimulé) ou il est équipé d’un système de rétention (plus ou moins complexe) car vous travaillez en uniforme en port apparent.

En prenant en compte ces différents paramètres est-il vraiment raisonnable de rengainer son arme à « l’aveugle » ? Ne risquez-vous pas un départ de coup accidentel ? (occasionné par une sangle de rétention un peu souple, le pli d’un vêtement, le cordon de serrage d’un blouson, un étui un peu fatigué dont le cuir est devenu trop souple, etc) ; ou encore de vous retrouver avec l’arme sur le trottoir, parce que vous êtes fébrile et que vous avez « raté » vôtre rengainé ?

D’aucuns avanceront que c’est aussi une question d’entraînement et de choix d’équipements. Il est certain qu’un entraînement inadapté ou insuffisant associé à un matériel déficient ou mal conçu offrent un terrain propice à ce type d’incident (ou accident). Est-il alors raisonnable de vouloir systématiser un rengainé sans jamais regarder son étui ?

Il nous parait par exemple indispensable de s’assurer lors de sa prise de service, alors que l’on se trouve dans un environnement sécurisé, que son arme est correctement positionnée dans son étui (verrouillage correct du système de rétention).

Lorsque vous devez libérer vos mains au cours de l’action…

Vous vous trouvez dans un contexte tactique, avec potentiellement une situation qui peut se dégrader à tout instant. Vous devez par exemple mettre un œuvre un moyen d’effraction, effectuer un franchissement, porter secours à un équipier blessé, effectuer une transition arme courte vers arme longue... etc Outre le fait qu’au moment où vous rengainez un équipier sera peut-être là pour prendre votre secteur de feu et assurer votre sécurité, il sera préférable de conserver votre regard en direction de la zone de danger pour ne pas perdre le contact avec la situation.

Dans le même ordre d’idée, dans le cas d’une interpellation par exemple, vous aurez besoin de vos deux mains pour aller au contact, maitriser l’individu et effectuer un menottage. Dans ce cas de figure vous ne devez pas perdre de vue l’individu à interpeller ni votre environnement.

Une étude approfondie des modes de port dissimulé mettra en lumière le fait que pour un bon nombre d’étuis et de systèmes de rétention il est préférable, voir chaudement recommandé, de regarder ce que l’on fait et parfois même d’employer les deux mains pour assurer un rengainé efficace et en sécurité.

Certaines circonstances exigent donc de savoir rengainer son arme en toute sécurité sans avoir à regarder son étui, ne serait-ce qu’un bref instant.

En conclusion :

Dans notre approche les mots "jamais et toujours" n’existent pas : tout est question de contexte. De notre point de vue il est donc nécessaire de travailler les deux options, en ayant conscience des limites de chacune d’entre elles.

Jean VERMEERSCH
Johan LARA


  • Ça peut faire « suisse » mais les deux sont complémentaire et indispensables car aucune situation ne se répète à l’identique… en prime, apprendre à rengainer dans toutes les postures (debout, genou à terre etc…).

  • bonjour,
    Effectivement, je pense que tout est une question de contexte. Que l’on sorte d’une crise, ou que l’on y rentre, multiple facteurs sont à prendre en compte. Je ne connais pas forcement les thermes techniques et médicaux, mais le stress, l’anxiété, la peur peuvent avoir un tas d’effets sur votre corps.

    Je pense donc, que malgré tout et en tenant compte de ces réactions physiques, il est plus qu’important de travailler le dégainé et le rengainé de manière presque automatique sans à avoir besoin de regarder son holster. ce travail doit être jumelé, à mon avis, avec un travail d’analyse de situation et de l’environnement.

    Voilà mon point de vu, mais cela n’engage que moi.

    Amitié sportive Charles

  • Je suis tout à fait d’accord avec cette approche du « toujours » et « jamais « ….il faut être capable de s’adapter à la situation donc drill…drill …et re drill……

  • Bonjour,

    merci pour votre article qui allie, comme souvent, science et évidence, et merci pour votre travail en général.

    Je me permets d’attirer votre attention sur la faute dans le titre (« Rengainer son arme » et pas « rengainé ») qui, j’imagine, fait suite à un changement d’avis de dernière minute sur le titre en question 🙂

    Au plaisir de vous relire.

  • Bonjour Johan,
    Je ne suis pas concerné car tireur sportif. 🙂
    Mais encore un article très intéressant qui peut permettre de comprendre la complexité des situations auxquelles sont confrontés les professionnels.
    Merci pour ces infos, et surtout, pour ce qui me concerne, pour cette approche qui est riche d’enseignement sur la façon d’aborder des sujets qui semblent « évidents » à première vue.
    D’autant plus remarquable qu’il y a visiblement des dogmes à ce sujet et que, de ce fait, il a fallu prendre le recul nécessaire pour s’en détacher et analyser froidement le sujet.
    Respect.

  • Je suis parfaitement en accord avec cette analyse.
    D’une manière générale on regarde où l’on marche, alors je fais pareil avec mon holster 90% du temps.
    Merci pour ce post qui fait débat dans la communauté.

  • Bjr, La conclusion est parfaite. N’oubliez pas non plus les transitions d’armes sous stress intense et ce dans les 2 sens (Arme de poing létale vers une autre arme intermédiaire (BTD, Gail, Pie etc…) ou MFI (Moyens de force intermédiaires) vers l’arme de poing ou Type AR 15 par exemple. A bientôt. ED

  • Je pensais également, à la situation d’une transition arme de poing vers arme longue dans une posture qui ne serait pas optimale. A demi allongé derrière un couvert il peut être difficile de driller dans une posture et des conditions « psychomotrices » par définition exceptionnelles et imprévisible. Il devient nécessaire de regarder son étui.
    Merci beaucoup pour ces réflexions soit dit en passant !

  • De très très.bonnes explications, la prise en compte du cadre légal et de son évolution en cours d’action est.un élément fondamental a prendre en compte, surtout si enseignement à des FO. Rengainer son arme ne signifie par forcément que la menace est supprimée , elle peut être toujours active …mais différente, auquel cas la perte de contact visuel serait dangereuse ( plus aucun visuel direct , sans compter le temps de reprise en compte de la menace, son environnement immédiat , et l’analyse a nouveau du tout )

  • C’est exactement comme ça qu’on me l’a appris. Et de toute évidence, il y a eu davantage d’accidents à cause d’un rengainé à l’aveugle qu’à cause d’un regard d’une fraction de seconde pour assurer son rengainé.

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