janvier 20

Les enfants et les armes à feu

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Les enfants et les armes à feu

Bonjour à tous, aujourd’hui on laisse la parole à Chris sur le blog ! 

Chris travaille dans le domaine de la sécurité publique de premier niveau depuis une quinzaine d'années, par conséquent il a reçu (et continue de recevoir) une formation opérationnelle au maniement des armes et au tir (pour des personnels administratifs de base). Il tire en loisirs depuis 2012, avec armes de poing et armes longues.

Cet article vient du fait qu'il aimerait partager avec nous son retour d'expérience par rapport à l'éducation d'enfants avec des armes à feu à la maison, ses techniques et anecdotes.

Alors c'est parti, je laisse la parole à notre invité.

Les enfants & les armes à feu

AVERTISSEMENT : cet article n'est pas un tutoriel, ce ne sont ni des conseils ni des recommandations sur ce que vous devriez ou ne devriez pas faire avec vos enfants. Cet article explique pour quelles raisons, de quelle façon et avec quels résultats j'ai accompli certaines démarches pour éduquer mes enfants à la sécurité relative aux armes à feu, parce que la nécessité et la possibilité de les accomplir se sont trouvées concomitantes dans mon cas personnel. Chaque situation est différente, il vous appartient de vérifier la légalité et l'opportunité de vos actions avant de les entreprendre. La responsabilité et les conséquences éventuelles de vos actes vous appartiennent personnellement. Adressez-vous à des professionnels diplômés.

Partie 1 : prise de conscience & premiers pas


En premier lieu, je trouve utile pour les lecteurs et lectrices de préciser que j'ai été moi-même formé avec succès aux règles de sécurité et à la manipulation des armes à feu à partir de 2005 dans un cadre professionnel par des moniteurs qualifiés. Je fréquente mon club de tir avec assiduité et je détiens personnellement des armes à feu à titre sportif, stockées conformément à la règlementation, depuis 2012. A cette époque mon épouse n'avait pas d'aversion particulière en ce qui concerne les armes à feu, toutefois comme elle ne tirait pas et n'avait aucune formation en la matière, elle avait quelques inquiétudes légitimes car nous étions devenus parents depuis 2010.

Je me suis donc intéressé au sujet de la sécurité relative aux armes à feu en tant que parent détenteur. Au début, je me disais que le simple fait de les conserver sous clé convenait parfaitement. Et effectivement, c'est le cas jusqu'à un certain âge. Mais j'ai appris à la consultation de différents supports qu'à un moment ce ne serait pas forcément toujours suffisant pour éviter les accidents et qu'il était plus sécurisant dans notre situation d'avoir une démarche proactive dans l'éducation de nos enfants, plutôt que de nous en tenir uniquement aux pratiques règlementaires concernant le stockage, que nous respectons par ailleurs scrupuleusement.

Parmi toutes les ressources que j'ai pu trouver, un court métrage en dessin animé de la NRA (National Rifle Association) dans lequel leur mascotte "Eddie Eagle" chante une comptine "Stop ! Don't touch ! Leave the area ! Tell an adult !" a retenu mon attention. Destinée à des enfants de la maternelle au primaire, elle explique très simplement ce qu'il faut faire en présence d'une arme, quelle que soit la situation : s'arrêter, ne pas toucher, quitter les lieux et prévenir un adulte. Le message a le mérite d'être clair et facile à mémoriser, même pour des petits. Et il ne s'agit en aucun cas de faire la promotion du tir ou de la possession d'armes mais de mettre en garde les enfants.

eddie eagle nra
J'ai commencé par tâcher de matérialiser cette comptine dans le concret. Je me suis équipé d'une réplique inerte de pistolet et je l'ai montrée à mon enfant en lui expliquant que s'il voyait dans la maison un objet qui ressemble à celui-ci, il devait non seulement ne pas y toucher comme les autres objet interdits qu'il avait déjà assimilés (télécommande, téléphone, couteau pointu, etc...) mais qu'il devait en plus immédiatement prévenir papa ou maman pour qu'ils s'en occupent parce que c'était très important. Mon enfant avait alors environ trois ans. J'ai accompli cette démarche plusieurs fois de temps à autre, au début en le guidant.


Le sentant prêt après plusieurs semaines, j'ai déposé sans rien dire la réplique de façon à ce qu'elle lui soit accessible dans un couloir où il était susceptible de passer et j'ai observé discrètement son comportement alors qu'il vaquait à ses occupations. J'ai effectué ce test peut être à trente reprises à plusieurs endroits en l'espace de quelques années, parfois plusieurs jours de suite, parfois plusieurs semaines sans rien faire. Dans mes souvenirs, il n'y a que deux occasions, vers le début de l'apprentissage, où l'enfant a touché la réplique du bout des doigts avant de se souvenir de ce qu'il devait faire. Naturellement, il a été réprimandé lorsqu'il n'a pas fait ce que l'on attendait de lui, avec un rappel de la bonne marche à suivre comme nous l'aurions fait avec n'importe quel autre objet interdit. Et en revanche il a été chaudement félicité toutes les autres fois où il a réussi. De temps en temps, nous chantions aussi la comptine afin de la garder en mémoire.


Pourquoi ai-je testé de cette façon ? Il m'était impossible d'imaginer toutes les successions d'événements pouvant conduire à un accident malgré toutes les précautions que l'on peut prendre, de fait il m'a semblé important que l'enfant fasse ce que nous attendions de lui s'il découvre une arme, où qu'elle se trouve. C'était également l'occasion de faire d'une pierre deux coups en introduisant un premier palier d'attention avant l'éducation véritable. Ce fut en tout cas pour nous un succès, avec notre premier enfant comme avec notre deuxième qui ne suivait pas de très loin.
enfants et armes a feu
Cela rassurait également mon épouse et a participé à la convaincre d'approfondir sa connaissance du sujet, encore une fois avec succès puisqu'elle détient elle-même à présent ses propres armes et apprécie énormément d'aller au stand. Nous pouvions ainsi passer à la suite.


Lors de mes recherches, j'étais également tombé sur un document de 1999 édité par la NFA (National Firearms Association), l'équivalent canadien de la NRA, qui m'avait pour ainsi dire fourni une méthode clé en mains. Il est en anglais mais j'en ai fait une traduction en français (très librement adaptée) car je trouve regrettable que la barrière de la langue empêche sa diffusion.


Je comprends que le contexte nord-américain de l'environnement relatif aux armes à feu, différent du nôtre, rende impérieux outre-Atlantique l'éducation des enfants alors que c'est moins pressant chez nous, les accidents de ce type étant heureusement plutôt rares.


L'enseignement de la sécurité relative aux armes à feu est pourtant pris très au sérieux par la Fédération et les clubs en général, c'est pourquoi j'aurais apprécié de trouver en français le même genre de supports de sensibilisation à destination du grand public (ou au moins des publics concernés) que j'ai pu trouver en anglais.


Du coup, lorsque j'ai considéré mes enfants assez âgés, j'ai utilisé la méthode expliquée dans ce document comme base pour commencer à leur apprendre les principes du fonctionnement des armes que nous possédons, à commencer par les règles générales de sécurité car c'était je le rappelle l'objectif de ma démarche : les rendre sécurisés avec une arme, pour eux-mêmes et pour autrui. Je considère que c'est de toute façon un préalable indispensable avant même d'accéder au pas de tir, a fortiori pour un enfant.


Nous avons en effet la chance d'être adhérents d'un club à taille humaine, où la bonne ambiance est de rigueur et les dirigeants passionnés, les jeunes y sont jusqu'à présent les bienvenus pour peu qu'ils aient un comportement approprié.


Cette méthode, qui est détaillée dans la partie suivante de cet article, a permis à notre premier enfant d'être totalement autonome et sûr de lui après une centaine de cartouches de .22 long rifle à la carabine à verrou et au pistolet, en plus de montrer un réel plaisir à atteindre sa cible. Je précise s'il est besoin que "autonome" ne veut pas dire "sans surveillance" : notre enfant n'a jamais tiré sans surveillance. Je ne doute pas que le deuxième enfant, qui donne déjà satisfaction dans ses manipulations (à vide comme avec des cartouches inertes), fera au moins aussi bien que le premier au stand lorsque des conditions plus favorables nous permettront d'y retourner.


L'étape suivante consistera pour nous à laisser nos enfants aux mains de personnes diplômées pour enseigner le tir s'ils en éprouvent l'envie : je me suis senti qualifié pour éduquer mes enfants à la sécurité afin de pouvoir leur faire partager une passion en toute sérénité, mais je ne suis pas moniteur de tir. Et mon objectif, s'il est besoin de le répéter, n'était pas de leur apprendre à tirer mais de faire de mon mieux pour les sécuriser avec une arme. Tant mieux s'ils aiment le tir, mais je ne suis pas qualifié pour leur apprendre.


Mon épouse et moi-même, ainsi que nos enfants, prenons de temps en temps à la maison un moment pour s'exercer ensemble aux manipulations et à la révision des règles générales de sécurité, et c'est toujours un moment agréable. Les enfants sont d'ailleurs fiers d'être félicités pour leur implication.


Un dernier petit mot, à propos des "pseudo armes" dans le contexte de sécuriser ses enfants.
arme jouet
Je pense qu'une partie de la réussite de cette éducation provient du fait que nos enfants n'ont jamais eu de jouets qui ressemblaient à des armes, car j'ai lu lors de mes recherches que cela pouvait induire une confusion des genres dans l'esprit d'un enfant. En effet, une arme n'est pas un jouet, elle doit donc être traitée comme une arme et non comme un jouet. Cela m'apparaît effectivement d'une évidence aveuglante.


Ainsi c'est avec circonspection, et pas avant que les bases ne soient solidement acquises, que j'ai accepté qu'une paire de petits Nerf aux couleurs bien criardes entrent à la maison, et uniquement dans un cadre de tir sur des objets (interdiction de se tirer dessus). Force est de constater aujourd'hui que ces jouets sont rarement utilisés autrement que pour dégommer des figurines.


De la même façon, si les armes à air comprimé (carabines & pistolets à plombs) destinées aux enfants trouvent de l'intérêt dans l'apprentissage des bases du tir (prise de visée, posture, action du doigt...), elles me semblent inadaptées dans l'apprentissage de la manipulation des armes dans un but de sécurité. Le fonctionnement de la plupart d'entre elles est tout simplement trop différent de celui d'une arme à feu.


N'étant pas sectaire, j'en ai emprunté une quelques jours à un membre de ma famille afin que le deuxième enfant, qui n'a pas encore eu l'occasion d'aller au stand, puisse matérialiser dans une cible (avec un succès surprenant) les quelques petites bases de tir que j'avais pu modestement lui transmettre. Ainsi je concède que cette arme à air comprimé m'a permis, dans certaines conditions propres à mon environnement qui me le permettaient en toute sécurité, d'apporter beaucoup de joie à mon enfant qui y a vu le résultat de son attention.


Encore une fois, cet article n'a pas pour objet de vous expliquer ce que vous devez ou ne devez pas faire et vous ne devriez pas le prendre comme tel. Il a pour objet de vous expliquer ce que j'ai fait, pour quelles raisons et de quelle façon. La sécurité a été, est et sera toujours ma priorité dans ce domaine, sans oublier le respect de la règlementation et des bonnes pratiques, ainsi que la tolérance à l'égard de celles des autres. Nous avons tous un parcours, un entraînement et une éducation différente c'est pourquoi nous avons des opinions différents sur divers sujets et des aptitudes différentes dans divers domaines. La responsabilité de vos actes vous incombe personnellement. Adressez-vous à des professionnels.


Chris, janvier 2021 | Les enfants et les armes PARTIE 2


la nouvelle vidéo de 2015 : https://www.youtube.com/watch?v=Ho36vonT3Rw (à cette occasion, le message a légèrement changé en "Stop ! Don't touch ! Run away ! Tell a grown-up !", qui est sensiblement la même chose en fait


  • il est évident qu’il faut éduquer les enfants plutôt que de leur cacher les armes, car de toute façon tôt ou tard ils chercheront à mettre la main dessus, autant que ce soit fait de façon encadrée.

  • Père d’un enfant de 8 ans, je pense qu’il faudrait réfléchir à l’intérêt de désacraliser les armes dans le cadre de ces réflexions de… « sécurité familiale ».
    Depuis des années je m’applique en ce sens. J’espère, (je ne suis jamais sur de rien) que mon fils y est et sera à jamais sensible. Avec ce même principe, je me suis empressé au plus vite de lui apprendre le motocross.
    Jeune, j’ai toujours fantasmé comme bien d’autre que moi sur ces trucs très viriles, très masculins, rêvant de cascades et de dégainés héroïques. Conditionné un peu (beaucoup) par notre société machiste, naturellement violente et manichéenne, je n’ai jamais eu accès à ces matériels enfants.
    A quarante ans je m’y suis mis. Superbike de 200 chevaux et toute la panoplie du parfait tireur, rechargement compris (l’association de ces deux pratiques pour le thème n’est pas fortuite). Encore une réminiscence de jeu d’enfant à coup de pétards collé sur des avion en papier.
    Le coté modestement scientifique de l’intérêt personnel pour la mécanique et la science en générale en plus.
    Alors comment gérer ces questions de sécurité avec mon fils fort de cette expérience de quinqua à présent ? Mon approche est cette « désacralisation ». Contrairement à l’auteur, mon fils a pu très tôt se servir du couteau particulièrement aiguisé. Il n’y a pas d’objet interdit et jouer avec le feu est autorisé (littéralement). Tout est expliqué et encadré. J’ai cette chance exceptionnelle d’avoir le TEMPS de le faire (ce qui est malheureusement un luxe rare pour un père ou une mère dans notre société) . Je place donc le pistolet ou la carabine ou le fusil exactement au même niveau que la tronçonneuse, la scie à ruban, le travail sur l’installation électrique, la moto, le tir à l’arc, ou monter sur le toit pour réparer la toiture (et des gens vivront sous cette toiture réparée…). Je souhaite lui extraire l’impact fantasmagorique (ou essayer qu’il soit identifiée, inconsciemment tout du moins) pour lui laisser plutôt l’apport émotionnelle de fun, d’accomplissement physique, de maitrise de soi et de contrôle, particulièrement gratifiant.
    Les règles de sécurité sont alors tout à fait transposables dans leurs esprits et dans leurs raisons d’être. Appelons cela la maturité à marche forcée, la réflexion préalable comme procédure reflexe cognitive. C’est l’idée.
    Je serais sans doute déjà mort si j’avais passé mon permis moto à 18 ans. Merci au hasard de n’avoir pus me lancer qu’à quarante. J’espère bien que mon fils, quand il frimera pour épater ses copains et copines (triste réalité futile et inutile de haut de nos âges canoniques) le fera dans des conditions de sécurité « les moins pires » car conditionné naturellement pour les appliquer. De même pour les armes qu’il ne manquera pas de manipuler, qu’il le fera mécaniquement, machinalement, en sécurité et sans s’en rendre compte. (en « toute » sécurité serait abusif. Rien ne peut être fait en toute sécurité … A part s’allonger et ne plus bouger).
    Et peut être que justement, cette démarche l’amènera à pondérer, à relativiser naturellement, l’importance toute futile donc vis à vis des autres, de l’image auxquelles ces pratiques renvoient dans l’inconscient collectif. Qu’il n’aura donc pas besoin qu’on le regarde pour exister.
    RDV dans 15 ans…

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