janvier 30

Les enfants et les armes à feu (partie 2)

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Les enfants et les armes à feu (partie 2)

AVERTISSEMENT : cet article contient un récit très librement inspiré, adapté et augmenté sur la base du document original "Gunproofing your child" édité par la NFA canadienne en 1999 qui m'a servi dans ma démarche de sécurisation de mes enfants. Cet article n'est ni un tutoriel, ni des recommandations, ni une procédure à suivre sur ce que vous devriez ou ne devriez pas faire avec votre enfant. Il déroule une méthode que j'ai mise en œuvre aidé de ce document, au sein de ma propre famille et dans un seul but : éviter au maximum que mes enfants n'aient un accident impliquant une arme à feu, de leur enfance à l'âge adulte en passant par la période critique de l'adolescence, et rien d'autre. Pas de les initier au tir, pas de leur faire aimer ou détester les armes, simplement qu'ils soient en sécurité, y compris lorsqu'ils se trouveront au domicile sans surveillance, seuls ou avec des amis, parce qu'ils auront atteint un âge que je considère approprié pour que cela arrive.

Mon environnement, mon éducation, mon entraînement et mon parcours personnel m'ont fait sentir la nécessité et m'ont donné la possibilité de mettre en œuvre cette méthode, que j'ai adaptée à ma situation. Chaque situation est différente. Il vous appartient de vérifier la légalité et l'opportunité de vos actions avant de les entreprendre. La responsabilité et les conséquences éventuelles de vos actes vous appartiennent personnellement. Adressez-vous à des professionnels diplômés.

Partie 2 : parce que mon enfant n'arrête pas les balles, je l'ai éduqué

Je vais commencer par vous raconter quelques anecdotes.

Mon amie Camille m'a dit "Je me suis arrangée pour que mes enfants n'aient jamais d'accident avec une arme : il n'y a tout simplement pas d'armes chez moi. D'ailleurs ils ne sont même pas autorisés à avoir des armes comme jouets ni à regarder des films contenant des scènes de violence".

Je me suis tourné vers sa petite fille de six ans et je lui ai demandé : "Charlotte, montre-moi comment on tire avec un pistolet". Charlotte a tendu les bras, joint ses mains comme si elle tenait un pistolet et a fait semblant de viser en bougeant son index : "bang bang bang !".

C'est précisément ici que se trouve la racine du problème : contrairement à ce que pense sa maman, la petite Charlotte en sait déjà suffisamment à propos des armes à feu pour faire du mal, à elle-même ou à d'autres personnes.

La petite Charlotte, tout comme beaucoup d'enfants aussi sans doute, sait déjà plus ou moins comment faire fonctionner une arme, qu'il s'agisse d'une carabine, d'un fusil de chasse ou d'une arme de poing. Évidemment, elle ne serait pas très habile dans ces manœuvres, mais quand vous avez vu faire quelque chose de nombreuses fois, vous savez aussi le faire. Il faut intégrer le fait que n'importe quel enfant qui a une télévision, une console de jeux ou internet sait à peu près comment manipuler une arme.

La télévision et les jeux vidéo apprennent aux enfants que les armes, c'est pour rire ou jouer. L'air ébahi du personnage au visage noirci après avoir pris la décharge de fumée d'un tromblon, c'est rigolo. Un personnage qui évite les balles en narguant celui qui lui tire dessus rageusement, c'est vraiment drôle... Et puis dans les jeux vidéo, quand on se fait tuer on ressuscite à la partie suivante comme si de rien n'était.

De ce point de vue, ce que font la télévision et les jeux vidéo est mal. La réalité du sang, de la mort ou de l'agonie déchirante d'un blessé est absente. Et quand bien même, tout comme un personnage de dessin animé, un acteur mort ou blessé dans un film reviendra dans un autre sans aucun dommage.

Camille pense que sa fille est en sécurité parce qu'elle n'a pas d'armes chez elle. Cependant, à moins que Camille interdise à sa fille d'aller chez ses camarades, elle ira, tout comme mon enfant, chez des gens qui ont peut-être des armes.

Les enfants et les armes à feu : quelques chiffres

armes en France

La France est en effet un pays dans lequel se trouvent beaucoup d'armes à feu, les estimations de dix à quinze millions que j'ai trouvées donnent une moyenne d'une arme pour six habitants. De manière légale, il y en a plus de quatre millions détenues par un million et demi de chasseurs, tireurs et collectionneurs, sans oublier tous ceux qui ne pratiquement plus et qui ont conservé leur matériel. Il faut également compter les nombreuses armes issues des guerres ou celles achetées sans avoir jamais été enregistrées. En réalité de nombreux foyers contiennent au moins une arme sans que ceux qui n'y vivent pas le sachent : aujourd'hui on ne les laisse plus au-dessus de la porte ou exposées dans un râtelier au salon.

Mon cousin Cédric se félicite d'avoir désassemblé et caché ses armes de telle manière que son fils de huit ans ne puisse pas les trouver. Cédric se trompe. Son petit Gabriel peut se faufiler dans des endroits de la maison que Cédric n'a jamais vus. Gabriel connaît très bien les moutons de poussière derrière la chaudière, il a déjà inspecté chaque tiroir, chaque recoin du grenier et de n'importe quel autre endroit de la maison, même ceux qu'on lui croit inaccessibles. Les enfants sont des explorateurs curieux et infatigables, très ingénieux lorsqu'il s'agit d'atteindre des endroits improbables.

Un copain du foot, Rayan, se pense prudent : il conserve ses armes dans un coffre-fort dissimulé et fermé à clé. Ce qu'il ignore c'est que malgré ses efforts de discrétion, sa fille Sabrina sait exactement où est le coffre et où il cache cette clé, tout comme elle sait où sont les clés de la voiture.

Ma conclusion ? Je ne pouvais pas protéger mon enfant en faisant confiance à mon seul respect de la règlementation en matière de stockage des armes, ni en laissant la télévision, les jeux vidéo et les médias faire son éducation. Le résultat aurait été pire que l'ignorance, qui peut déjà à elle seule causer des drames.

Les armes à la télévision sont tellement intéressantes que si un enfant en trouve une vraie, il veut jouer avec.

C'est parce que les armes le fascinent.

armes et enfants

Toutefois, un objet qui est devenu familier n'est plus aussi fascinant.

En décidant de familiariser mon enfant aux armes tout en le formant aux règles de sécurité à appliquer lorsqu'on les manipule, je peux le rendre presque entièrement fiable et sûr lorsqu'il se trouve en leur présence. Pas totalement, mais en tout cas bien plus que ce qu'un enfant éduqué par les médias, la télévision et les jeux vidéo pourrait l'être.

Après de nombreuses lectures et de nombreuses années (voir les armes et les enfants partie 1 ), lorsque j'ai considéré mon enfant comme apte, voici ce que j'ai fait en tant que parent détenteur d'arme.

J'ai sorti du coffre un pistolet en ,22 long rifle avec un chargeur amovible (le document original le conseille pour l'efficacité de la démonstration), ainsi qu'une cartouche neutralisée, le tout dans une mallette fermée que j'ai posée sur une table. Le document original conseille de prendre plusieurs modèles d'armes différents avec une cartouche pour chaque, j'ai préféré garder ça pour une autre fois.

Le document original conseille également d'avoir deux gros blocs de savon solide et d'avoir tiré au préalable dans l'un d'eux une cartouche de .22 long rifle pointe creuse haute vélocité en plein milieu.

Naturellement, durant cette familiarisation je n'ai rien fait d'autre avec mon enfant car j'avais besoin de toute son attention (les enfants se laissent facilement distraire).

Introduction :

J'ai appelé mon enfant, l'ai fait asseoir et lui ai expliqué que j'allais lui montrer une arme à feu et lui apprendre les secrets de sa manipulation. Il m'avait vaguement déjà vu préparer mon matériel pour aller au stand de tir mais j'éludais les explications en attente du moment propice. J'ai pris un air un peu impressionnant, en expliquant qu'il s'agit de quelque chose d'extrêmement sérieux, mais que je le considérais à présent comme suffisamment mature pour cela et que je lui faisais confiance.

À partir d'un certain âge, les enfants aiment que les adultes les considèrent comme des grandes personnes. Ils connaissent parfaitement et adorent cette sensation d'avoir appris quelque chose de nouveau et d'une manière générale les privilèges qu'ils obtiennent en grandissant, de surcroit quand le petit frère ou la petite sœur n'a pas encore l'âge requis pour faire la même chose.

Le document original explique que si le parent arrive à en faire une expérience positive pour l'enfant, il aura amélioré sa sécurité pour le reste de ses jours. Ainsi il conseille de répéter avec un adulte au préalable pour avoir son ressenti et de tout planifier avec grand soin, c'est ce que j'ai fait.

Tout d'abord, les règles :

Avant même que l'enfant ne voie le matériel, je lui ai dit avec un air très sérieux que les armes manipulées d'une mauvaise façon peuvent blesser les gens, encore plus que quand il se pique avec une ronce, qu'il tombe de son vélo ou qu'il se cogne.

"Tu dois considérer toute arme que tu vois comme dangereuse à moins de t'être assuré personnellement qu'elle avait été mise en sécurité. Ne crois jamais personne, pas même moi, qui te dit qu'une arme a été mise en sécurité, à moins d'avoir vérifié toi-même personnellement.

"On ne doit jamais pointer une arme dans une direction qui peut faire du mal à toi ou à quelqu'un d'autre si jamais le coup partait. Il est très mal élevé de pointer une arme vers quelqu'un, et c'est aussi très dangereux, même si cette arme a été mise en sécurité".

"Tu ne dois jamais toucher une arme sans la permission d'un adulte fiable et sûr. Un adulte fiable et sûr, c'est un adulte qui ouvre une arme pointée dans une direction non-dangereuse, vérifie qu'elle est en sécurité et te montre également qu'elle est en sécurité avant de faire quoi que ce soit avec. N'importe quel autre adulte qui ne fait pas ça est un adulte que je considère comme dangereux".

L'apprentissage du danger :

Les enfants en général ne comprennent pas vraiment le concept de mort, encore moins s'il n'ont pas été confrontés au deuil. Ils ne peuvent pas réellement saisir le sens du mot "tuer", il était donc inutile dans ma situation d'utiliser ce mot ou des synonymes. J'ai lu que par corollaire, il est contre-productif dans toute éducation d'utiliser des mots ou des notions que l'apprenant ne comprend pas.

J'ai sorti la cartouche neutralisée de la mallette, puis je l'ai montrée à mon enfant. "C'est ce qui fait fonctionner une arme, cela s'appelle une cartouche. Celle-ci est la plus faible des cartouches qui existent, pour les armes les plus faibles qui existent. Quand l'arme tire, cette petite partie qui s'appelle la balle part très vite et très fort vers là où l'arme était dirigée. Alors cette partie-là qui s'appelle un étui, ne sert plus à rien et soit elle tombe de l'arme toute seule, soit il faut l'enlever à la main, mais elle ne fait pas de mal. La balle de cette cartouche peut voyager très loin, de notre maison jusqu'à ton école" (j'ai choisi une distance que l'enfant connait et qui fait environ 1,5 km). "Tu vois, même une petite cartouche comme celle-ci permet à une balle d'aller très loin".

Je lui ai montré le bloc de savon intact. "Tu vois comme ce bloc de savon est dur et solide. Maintenant, regarde comme ta jambe est molle". Ensuite je lui ai donné le bloc de savon dans lequel j'avais préalablement tiré une cartouche de .22 long rifle. "J'ai tiré sur ce bloc de savon avec une toute petite cartouche comme celle-là, et c'est cette toute petite balle qui a fait ce gros trou. Imagine maintenant, si c'était ta jambe à la place il y aurait un aussi gros trou dedans. Tu te rappelles comment tu as mal quand tu te piques avec une ronce, que tu tombes de ton vélo ou que tu te cognes ? Alors imagine comment tu aurais mal si jamais tu te faisais frapper par cette balle ! AIE AIE AIE !!!"

Le document original explique que le "trou dans la peau" est une notion que n'importe quel enfant peut comprendre. Les enfants sont habitués à avoir des petits trous, des petites blessures qui leur font mal et ont intégré le fait que les trous plus gros font plus mal. Le trou dans le bloc de savon est impressionnant pour un enfant, mais pas trop afin qu'il puisse bien saisir cette notion.

A cet effet, le document original mentionne qu'il est inutile de remplacer le bloc de savon par quelque chose de plus impressionnant (par exemple une pastèque explosée), car cela peut amoindrir l'effet désiré en dépassant les capacités de compréhension et les connaissances limitées d'un enfant. J'ai trouvé ce raisonnement plein de bon sens.

La cartouche neutralisée n'ayant plus aucune utilité pour la suite de la démonstration, je l'ai rangée.

Je peux chez moi sans risques pour nous-mêmes ou des tiers pointer une arme vers une zone non-dangereuse, je l'ai donc indiquée à mon enfant en lui disant "Il n'y a rien ni personne dans cette direction". Je lui ai laissé un instant pour s'en rendre compte et il m'a regardé bizarrement parce que c'était une évidence, mais ça faisait partie de ma façon de procéder. Après qu'il ait acquiescé, j'ai sorti le pistolet en .22 long rifle de la mallette et l'ai pointé vers cette même zone.

"Tu vois, je pointe cette arme dans cette direction parce que nous avons vu qu'il n'y avait personne, comme ça personne ne sera blessé si un coup part. Maintenant, je vais te montrer comment être certain qu'il n'y a pas de cartouches dans cette arme. C'est important de le vérifier, parce que s'il n'y a aucune cartouche dans cette arme on dit qu'elle est mise en sécurité et donc elle ne peut pas faire du mal".

J'ai enlevé le chargeur en lui montrant qu'il ne contenait pas de cartouches. "Toutes les cartouches que peut contenir cette arme, sauf une, se trouvent dans le chargeur. Donc si le chargeur ne contient pas de cartouche, nous savons qu'au maximum, l'arme ne contient qu'une seule cartouche.".

Ensuite, j'ai réinséré le chargeur dans l'arme, ouvert la culasse qui s'est donc verrouillée à l'arrière, ostensiblement regardé à l'intérieur puis j'ai montré à mon enfant où se trouverait une cartouche chambrée. J'ai expliqué que si l'entrée de ce "tunnel" que l'on appelle la chambre ne contient pas de cartouche, l'arme est vide.

pistolet vide

Enfants et armes à feu : les procédures

APARTÉ --- Cette méthode d'utilisation du chargeur vide peut surprendre les lecteurs et lectrices avertis, comme elle m'a fait m'interroger moi-même car ce n'est pas ainsi que j'avais été instruit. C'est celle qui est préconisée dans le document original, il est vrai qu'elle permet d'automatiser le verrouillage de la culasse en arrière.

A ma connaissance, un chargeur vérifié comme vide peut être utilisé dans certaines procédures administratives de vérification du bon fonctionnement d'un pistolet (justement pour tester l'enclenchement de la clé arrêtoir de culasse en fin de chargeur).

En tout cas, ayant considéré moi-même qu'un chargeur vérifié comme vide ne cause aucune incertitude supplémentaire en termes de sécurité s'il est introduit dans une arme qui contiendrait -au pire- une cartouche chambrée, j'ai donc laissé mon enfant utiliser cette méthode au début de l'apprentissage, avec succès --- FIN DE L'APARTÉ

C'est donc suivant cette procédure préconisée dans le document original que j'ai expliqué à mon enfant qu'une arme serait en état de tirer si le chargeur ou l'arme elle-même contenait au moins une cartouche, et que dans ce cas "l'arme pourrait faire un trou dans la jambe de quelqu'un".

Puis j'ai de nouveau enlevé le chargeur que j'ai reposé, puis j'ai également posé l'arme ouverte chambre apparente et pointée vers la zone non dangereuse, de telle façon à ce que l'enfant puisse toujours les voir. Je lui ai fait remarquer que du début à la fin des manipulations, l'arme avait toujours été pointée en direction de la zone non dangereuse.

"Nous avons vérifié tous les deux ensemble que cette arme ne contient pas de cartouches. Regarde comme ce pistolet est petit (c'est pourquoi le document original préconise d'utiliser un pistolet en .22 long rifle), pourtant il est capable de tirer une balle qui ferait un gros trou dans ta jambe. Pour pouvoir tirer avec cette arme, il faut mettre des cartouches dans le chargeur, mettre le chargeur dans l'arme, amener une cartouche dans la chambre, puis appuyer sur cette pièce qui s'appelle la détente pour pouvoir tirer sur une cible".

S'il m'apparaissait cohérent que l'enfant comprenne comment une arme est en état de tirer pour qu'il puisse faire la symétrie avec la façon de la mettre en sécurité, je n'ai pas expliqué plus en détail ni fait la démonstration car ce n'était pas mon objectif, dois-je le rappeler.

Le document original affirme que si l'enfant est réceptif et s'estime capable, le parent peut à présent remettre l'arme dans sa configuration initiale (posée fermée et chargeur engagé) et inviter l'enfant à montrer ce qu'il/elle a retenu.

A la demande de mon enfant, j'ai refait les manipulations précédentes assorties des explications, puis il a accepté d'essayer.

Mon enfant a donc indiqué qu'il allait prendre l'arme et la pointer vers la même zone que moi avant de joindre le geste à la parole. Je lui ai indiqué de corriger la position de son index qui n'était pas sur la carcasse, puis il a continué. Il a retiré le chargeur et vérifié qu'il était vide en me le montrant avant de le réengager, puis il a ouvert l'arme et vérifié qu'elle était vide, là encore en me montrant.

Le document original explique que si l'enfant n'y arrive pas, il ne faut surtout pas le/la blâmer ni se mettre en colère (cela va sans dire mais ça va mieux en le disant). L'attitude doit être bienveillante, en expliquant pourquoi ce qui a été fait était incorrect. Ensuite, toujours dans ce document, il est indiqué que l'on peut proposer à l'enfant d'essayer à nouveau et qu'en cas d'échec, l'enfant doit entendre et comprendre que c'est de la faute du parent qui a surestimé les capacités de son enfant. De toute façon, le parent félicitera l'enfant d'avoir essayé quelque chose de si difficile en l'assurant qu'il pourra essayer à nouveau quand il le souhaitera.

J'ai fait de mon mieux pour avoir une attitude bienveillante et rassurante car il m'était absolument essentiel que cette expérience soit positive pour mon enfant, sinon j'aurais sérieusement compromis mes chances d'atteindre mon objectif : sécuriser mon enfant.

Comme mon enfant a rencontré le succès, je l'ai félicité chaudement d'avoir montré tant d'attention et d'avoir réussi. Comme il montrait une certaine satisfaction, je l'ai laissé recommencer deux fois, il a réussi de la même façon avec un peu plus d'assurance.

C'était maintenant la fin de la séance de manipulation, il était temps de ranger l'arme. Chacun a sa propre façon de ranger ses armes, pour ma part je respecte (et même en réalité surpasse) les exigences la règlementation concernant leur stockage (pour la France, il s'agit des articles R314-2, R314-3 et R314-4 du Code de la Sécurité Intérieure).

J'ai proposé à mon enfant "de m'aider" en transportant l'arme rangée dans sa mallette jusqu'au coffre. Je lui ai ainsi montré où je stockais armes et munitions, bien qu'il était naturellement déjà au courant, et comment je procédais. Je lui ai surtout bien expliqué que les armes sont dans un coffre-fort "pour protéger les gens qui ne savent pas manipuler les armes en sécurité comme tu viens d'apprendre à faire".

Ensuite, nous sommes retournés nous asseoir et je me suis entretenu avec lui très sérieusement, pour lui expliquer...

règles armes et enfants

Armes à feu et enfants : les règles

Les nouvelles règles :

"Tu ne dois jamais toucher des armes et des munitions à moins d'avoir un parent ou un adulte fiable et sûr avec toi et d'avoir demandé la permission avant".

"Sous notre surveillance uniquement, tu as le droit de toucher aux armes et aux munitions et plus tard tu pourras même tirer si tu en as envie. Tu as maintenant appris, donc tu sais comment faire les choses correctement et en sécurité, mais ce n'est pas le cas de tes camarades, donc il n'ont pas le droit - jamais - de toucher aux armes ou aux munitions. Tu as la responsabilité que cela n'arrive pas, et le meilleur moyen pour cela est de ne jamais leur dire à eux ni à personne d'autre qu'il y a des armes à la maison".

Il y a peu de choses que les enfants (et même les adultes) apprécient davantage que cette impression de supériorité lorsqu'ils peuvent faire quelque chose qui est interdit à d'autres. S'il y a des règles, ils pensent que ça vaut le coup de les respecter pour continuer à bénéficier de ces privilèges et éprouver cette impression de supériorité.

"Les armes font partie du monde des grands. Les gens peuvent vraiment être gravement blessés avec des armes à feu, alors on a inventé des règles pour que cela n'arrive pas. Les vraies armes ne fonctionnent pas comme celles que tu as pu voir à la télévision ou dans des jeux vidéo. Les armes à la télévision ne tirent pas de vraies balles, les gens sont des acteurs qui font très bien semblant mais ils ne sont jamais blessés ou tués pour de vrai, s'il y a du sang c'est du faux. La télévision, les films et les jeux vidéo ne montrent pas la réalité."

démonstration stand de tir

La démonstration au stand de tir :

Elle est intervenue pour mon premier enfant longtemps après ce que je viens de raconter. Nous avons eu le temps de répéter ces manipulations et ces règles à plusieurs reprises, même avec des armes différentes. Je voulais maximiser les chances qu'il perçoive sa première fois au stand comme aussi positive que le reste.

Si mon objectif avait été d'apprendre à mon enfant à tirer, je l'aurais confié à un moniteur diplômé qui lui aurait enseigné à correctement se positionner, à correctement tenir son arme, à moduler sa respiration, à prendre sa visée et à presser la détente de façon contrôlée, etc...

Mon objectif était de travailler la familiarisation, pas le résultat en cible, parce que la familiarisation fait cesser la fascination.

Quand je manipule une arme, j'observe TOUJOURS ces 3 Règles Générales de Sécurité (RGS) :

1 : je considère toujours une arme comme étant chargée, et je la traite comme telle y compris après l'avoir mise en sécurité

2 : je pointe toujours mon arme dans une direction non-dangereuse, c'est à dire dans laquelle un coup de feu involontaire, direct ou par ricochet, ne risque de causer ni blessure ni dommage

3 : je garde toujours mon index le long de la carcasse, sauf lorsque je suis en action de tir

Les RGS m'ont été enseignées de cette façon, et elles ont été suivies par des générations de chasseurs et de tireurs, dans le monde entier. Ce sont celles que j'ai enseignées à mon enfant.

La quatrième règle de plus en plus communément enseignée (je suis toujours sûr de ma cible et de ce qui se trouve au-delà) ne trouvant son application que dans le cadre du tir, je l'ai tout bonnement esquivée car nous n'étions pas en apprentissage du tir.

Je sais qu'il y en a différentes façons d'exprimer ces RGS, des petites nuances selon les diverses fédérations, administrations ou clubs et qu'il peut même s'y ajouter d'autres règles par exemple concernant les déplacements ou le transport des armes, mais ce n'est pas l'objet de cet article.

J'ai expliqué à mon enfant que s'il suit lui-même scrupuleusement ces règles et veille à ce qu'elles le soient également à chaque fois qu'il est en présence d'armes à feu ou qu'il en utilise personnellement dans l'avenir, il assurera sa sécurité ainsi que la sécurité de toutes les autres personnes qui se trouvent avec lui.

J'ai conclu en lui disant que la sécurité avec une arme à feu dépend avant tout de la personne qui la tient, ce qui lui a semblé parfaitement logique.

La première fois au stand de tir avec mon enfant était un jour très spécial pour tous les deux et je devais me consacrer entièrement à lui, comme préconisé dans le document original. Je n'ai pris qu'une carabine à verrou et un pistolet en .22 long rifle : le but n'était pas de risquer d'effrayer mon enfant voire qu'il se blesse avec une arme trop puissante pour lui, mais qu'il manipule comme il l'avait fait au domicile, avec la matérialisation du tir comme une forme d'aboutissement du travail accompli. L'encadrement du club était naturellement prévenu.

A l'aller, je lui ai expliqué ce qu'on attendrait de lui, à commencer par les élémentaires bonnes manières (saluer, se présenter, être calme...) et les pratiques en vigueur concernant l'arrivée sur le pas de tir.

Sur place, mon enfant a expliqué les RGS et effectué la démonstration de la mise en sécurité des armes devant un initiateur admiratif, lunettes et casque puis nous avons commencé la séance.

J'ai tiré quelques cartouches à chaque fois, afin qu'il ait une première démonstration, puis je lui ai laissé rapidement la suite.

Je me suis même écarté un moment afin que l'initiateur, qui est un passionné formidable qui ferait aimer le tir à n'importe qui, lui souffle quelques conseils qu'il a mis à cœur de suivre pour faire tinter les cibles.

Mon enfant s'est vraiment régalé et moi aussi, nous avons partagé un moment merveilleux. Sur le retour, je l'ai félicité pour son comportement irréprochable et je me suis rendu compte qu'il grandissait décidément tellement vite...

Nous avons eu l'occasion de retourner une autre fois au stand, quelques mois plus tard, toujours avec ces mêmes armes. J'ai également pris pour moi des armes de plus gros calibre, afin de lui matérialiser qu'il faut également parfois attendre son tour et rester malgré tout calme et attentif dans cet environnement. Il a également eu la possibilité de constater que je suivais moi-même scrupuleusement les règles que je lui avais enseignées.

Sur les deux séances il a tiré en tout une centaine de cartouches de .22 long rifle.

Et moi j'ai tiré (et continue à tirer) un bilan extrêmement positif de la méthode que j'ai utilisée.

Nous répétons les RGS et les manipulations très sporadiquement (moins d'une fois par mois) afin qu'elles restent en mémoire et pour évacuer d'éventuelles questions. Ces séances, qui dépassent en réalité rarement la demi-heure, sont également l'objet de veiller à ce que la familiarisation ne devienne pas une banalisation et qu'une arme à feu soit toujours vue et traitée comme ce qu'elle est : une arme à feu. Jusqu'ici c'est le cas et il n'y a pas de raison que ça change.

A la vérité, j'ai constaté que mes enfants n'évoquent pas les armes à feu hors de ces petites séances de rappel. Tout au plus ai-je une question lorsqu'une triste actualité parvient à leurs oreilles, mais ce n'est pas un sujet de conversation. Ils ne manifestent pas vraiment l'envie de voir ou de tripoter des armes ou des munitions. Ils ne réclament pas non plus des armes en jouets pour s'amuser avec. Cela ne me semble pas être une aversion, car durant les séances de rappel ils sont toujours volontaires et attentifs, et le deuxième enfant espère pouvoir aller au stand comme l'a fait le premier avant lui.

Ils ont également parfaitement intégré que ce sujet ne concerne que notre famille et qu'il n'a pas sa place à l'école, au club de sport ou ailleurs parce que c'est le meilleur moyen d'éviter les accidents.

Je m'y attendais car j'avais lu que la familiarisation faisait cesser la fascination (c'était d'ailleurs l'objet de cet enseignement), mais c'est autre chose de le constater soi-même. Nous avons dans notre entourage quelques personnes dont nous savons qu'elles ont des armes, les enfants le savent également et ce n'est pas du tout un sujet lorsque nous allons chez ces personnes.

Pour conclure là-dessus, j'ai également abordé un point mentionné dans le document original.

arme dehors

Les armes ailleurs qu'à la maison :

"Un jour tu pourrais tomber sur une arme à feu quelque part, quand tu es à l'extérieur ou chez quelqu'un d'autre. Qu'est-ce que tu devrais faire ? Il serait plus sûr que nous en parlions dès maintenant, comme ça tu sauras quoi faire le jour où ça arrive".

Mes enfants n'ont jamais oublié les recommandations de la comptine de "Eddie Eagle", mais il s'agit à présent pour moi de voir un peu plus loin que les risques auxquels on peut raisonnablement attendre qu'un bambin soit exposé. Je pense davantage aux risques de l'adolescence.

"Par exemple, tu es chez un/une camarade et lui/elle ou quelqu'un d'autre amène une arme à feu qui appartient à ses parents. Tu sais que cette arme pourrait te blesser, alors tu dois faire tout ce que tu peux pour être en sécurité. Surtout, ne crie pas sur ton/ta camarade : il/elle pourrait se mettre en colère, pointer l'arme vers toi et appuyer sur la détente pour te prouver qu'elle n'est pas dangereuse. Tu n'as aucun moyen de savoir si cette arme est dangereuse ou pas, tu ne la connais pas. Tu pourrais même tirer accidentellement en essayant de la mettre en sécurité. La meilleure chose à faire est de dire à tout le monde de ne pas toucher cette arme. Dis à celui/celle qui la tient, très calmement, d'aller la replacer en la pointant vers le sol. S'il/elle ne le fait pas immédiatement, va-t'en tout de suite et rentre à la maison. Si tu es trop loin de la maison, va immédiatement voir un adulte pour lui expliquer".

"Ensuite, dès qu'on se retrouve, tu dois absolument nous raconter ce qu'il s'est passé. Tu ne voudrais pas que ton/ta camarade se blesse avec une vraie arme, n'est-ce pas ? Contrairement à toi, il/elle n'a pas été entraîné(e) à la sécurité avec les armes, alors il/elle peut se blesser ou blesser quelqu'un d'autre".

"Les armes à feu ne sont pas dangereuses si l'on n'y touche pas, mais les gens qui n'ont pas été entraînés comme tu l'as été peuvent être très dangereux avec des armes. Si on laisse les armes à feu loin des gens qui n'ont pas été entraînés, personne ne sera blessé".

"Les gens entraînés sont généralement fiables et sûrs avec les armes à feu, mais tu ne sais pas si une personne que tu ne connais pas est vraiment fiable et sûre. Ne crois jamais une personne qui te dit qu'elle sait manipuler les armes à feu, à moins que la première chose qu'elle fasse avec est exactement ce que je fais à chaque fois : je pointe l'arme dans une zone non-dangereuse puis j'enlève le chargeur s'il y en a un. S'il est vide, ça veut dire qu'il y a au maximum une seule cartouche dans l'arme. Je te montre qu'il est bien vide et je le laisse à côté pour que tu puisses le voir. Ensuite j'ouvre l'arme, je regarde à l'intérieur puis je te montre que l'arme ne contient pas de cartouche. Puis je la garde dans la main ou je la pose, mais l'arme reste toujours à chaque instant pointée dans une direction non-dangereuse".

"Il te faut considérer quiconque qui en ta présence manipule une arme à feu et ne fait pas exactement ça comme quelqu'un de dangereux : éloigne-toi de cette personne aussi vite que tu peux".

Je ne sais pas si d'autres parents détenteurs d'armes ont entrepris des démarches similaires aux miennes, si oui de quelle façon et avec quel succès et sinon pourquoi. Et si certains lecteurs ou certaines lectrices veulent partager leurs expériences, leurs questions ou simplement confronter les méthodes, je lirai et répondrai du mieux que je pourrai.

Encore une fois, cet article n'a pas pour objet de vous expliquer ce que vous devez ou ne devez pas faire avec votre enfant et vous ne devriez pas le prendre comme tel. Cet article explique ce que j'ai fait, pour quelles raisons et de quelle façon. Cet article n'est pas et ne doit pas être vu comme une propagande ou une promotion quelconque en relation avec le tir ou la détention d'armes à feu. La sécurité a été, est et sera toujours ma priorité dans ce domaine, sans oublier le respect de la règlementation et des bonnes pratiques, ainsi que la tolérance à l'égard de celles des autres. Nous avons tous un parcours, une situation, un entraînement et une éducation différente c'est pourquoi nous avons des opinions différents sur divers sujets et des aptitudes différentes dans divers domaines. La responsabilité de vos actes vous incombe personnellement. Adressez-vous à des professionnels diplômés.

Chris, janvier 2021


  • Merci pour ce récit, je viens de tout lire, c’est long mais c’est bon 😀.
    Je vais être confronté à cette problématique, je vais donc m’inspirer de votre histoire pour éduquer mon lardon.

    Ayant 2 parents « anti-armes », mais avec 2 fusils à la maison dont j’étais sensé ignorer l’existence, je n’ai jamais eu de jouets ressemblant à une arme.
    J’ai ramené un jour un pistolet à billes prêté par un copain, et mon père m’a appris ce que j’applique encore aujourd’hui, càd qu’une arme à feu (ou objet y ressemblant) doit toujours être considérée comme chargée et dangereuse. Ça m’avais marqué, et je m’en souviens toujours plus de 20 ans après.

    Voici mon petit retex.

  • Bravo pour le récit,
    mon père m’a initié aux armes de la même façon et ces règles sont toujours ancrées dans ma tête ! 🙂

  • Super article, un discours logique, lucide et intelligent /intelligible sur un sujet compliqué.
    Merci pour ça 😊

  • Excellent post !
    Pour ma part , ma fille aînée a été demandeuse et la familiarisation s’est faite avec la FFT et une discussion plus approfondie sur l’arme et son fonctionnement.
    Ma seconde pougnette est également demandeuse, alors explication des gravures en sécurité.
    Mon père me disait : « Fils, le diable charge toujours
    une arme »

    On a souvent peur de ce que l’on ne connaît pas.
    la peur inhibe l’inaction …

  • Pour avoir été formé très jeune aux armes à feu (à partir de 6 ans) et aujourd’hui moniteur, j’ai tout lu avec grand intérêt ! Je trouve cette démarche de très bon goût, j’y ai même découvert certains aspects auxquels on ne pense pas forcément. Merci d’avoir partagé cette expérience, je vais sérieusement songer à mettre en œuvre cette hygiène de vie avec mes juniors 😉 bien à vous et merci encore !

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